La Poésie n'oublie pas (Rwanda, 20 ans déjà)

Publié le 18 Mai 2014

La Poésie n'oublie pas (Rwanda, 20 ans déjà)
Génocide

Cours petit homme, les oiseaux se sont tus

Cours à toutes jambes, l’Inyambo n’est plus fière de ses cornes

Fuis petit homme, l’acacia pleure son parfum

Des larmes de cauchemar coulent sur les joues des étoiles

La haine a encore ensorcelé les hommes

Ton cœur bât plus vite que les tam-tams

Les bords du lac Kivu résonnent de silence

Cours plus vite que le vent

Les hommes tuent leurs frères, leurs pères, leurs mères et leurs enfants

Cours plus vite que la peur

Le sortilège des requins assoiffés de sang frappe les tiens

Fuis petit homme, le panache n’est pas sorgho

Fuis jusqu’à ce que tu touches l’éclat des montagnes

Que la limpidité du vieux sage coule dans tes yeux

Le miel n’est jamais bon dans une seule bouche

Seul l’amour qui t’a enfanté vient à bout des cendres

Unissant les hommes comme la caresse d’une pirogue sur le fleuve

Lorsque tu regarderas les hommes le cœur et les yeux armés de cet améthyste

Alors tu pourras lever le sortilège

Les mille montagnes ne scarifieront plus la mort sur les ventres féconds

Hobo- Lullaby

***

L’écho des machettes
La Poésie n'oublie pas (Rwanda, 20 ans déjà)

Ils m’ont dit :

Si tu coupes bien

Tu t’enrichis

Et sans te poser de question

Tu coupes à l’unisson.

Au loin l’écho résonne à plein

Des machettes qui s’activent au son de :

Tue ! Tue ! Tue Le tutsi !

Qu’il disparaisse enfin

De cette région bénie.

Ils m’ont dit :

Prends ta machette

Et coupes-leur la tête.

J’ai du sang sur les mains

Mais de remords aucuns !

J’ai bien travaillé

Sur la bête me suis payé

Dans les cendres j’ai pillé

Le butin du génocide au sang coulé.

Au loin l’écho résonne sans frein :

Tue ! Tue ! Tue Les tutsis !

Prends-leur têtes et vies !

En prison je croupis

Les crimes ont doit payer

Cadavres amoncelés, on a bien travaillé :

Ils sont des milliers

Même des centaines de milliers

En peu de temps amoncelés.

J’ai du sang plein les mains

Ma machette allait bon train

Mais point de remords !

Et les autres en haut, alors ?

Des remords et des torts

Du sang sur leurs mains

En ont-ils à la fin ?

Carole Radureau (27/04/2014)

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Lance-pierre

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