Plume de maïs

Publié le 2 Juillet 2016

Plume de maïs

Variétés de maïs Hopi

Par Abrahami — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19190158

J’écris pour le vent
Pour le nuage qui dort sur la montagne
Pour les neiges éternelles
Sempiternelles sentinelles des cieux.
J’écris à la pointe de l’épi
J’ai trempé ma plume dans la terre mère
En est ressorti une barbe de rosée.

Parfois j’écris rouge-maïs
Colère et ressenti de volcan
Parfois j’écris bleu-maïs
Turquoise irriguée par des ondes invisibles
Parfois j’écris jaune-maïs
C’est le soleil qui dicte sa pointure
Et son allure va piano ou adelante
C’est lui qui donne le la
Le lamento puissant.

Parfois j’écris noir-maïs
Tremblements et une liberté s’envole
De la feuille
Allégeant la supplique.

Je suis une femme-maïs
J’ai décidé d’adopter sa parure
De me rouler dans sa terre
Comme dans une écharpe couleur grand teint.
Je voudrais
Que chaque courbe de mon corps
Soit moulée à la louche de l épi
Avec de petits grains moelleux
A manger à la croque-au-sel.

Je voudrais être le prototype humain
Celui que la pachamama un jour modela
Mère voluptueuse
Femme accomplie
Génitrice à l’utérus élastique de coton
Educatrice en soies de maïs et en semences libres.

J’aimerais que l’on sculpte mon énergie
Dans un tamale
Enroulée dans la feuille de l’abondance
Je me ferais si petite
Que farine qui ne dit mot.

Je voudrais être le sang de l’oiseau
La sève qui s’enorgueillit de son cours
Le rire du volcan
Entrecoupé de gémissements
Je voudrais être le ricanement du quetzal
Le toc-toc du pic qui frappe à toutes les portes
Je voudrais être association somptueuse
D’une milpa bien pensée.
Le haricot grimperait sur mon mât entendu
Les courges s’endormiraient me laissant
Leur oreiller
Et moi, je leur ferais une ombre mexicaine (et non chinoise)
Les piments susurreraient leurs pépiements piquants
Et entre mes jambes longues et fermes
Picoreraient les volailles aux couleurs somptueuses.

Je ne sais pas pourquoi j’écris
Mais pour qui j’écris
Je suis poisson et aigle pêcheur
J’ai puisé un don dans un temazcal embué
J’en ai fait une écriture aux lores accomplies.

Je sais que mon encre
C’est une farine multicolore
Je sais que ma plume
Est infinie
Chaque jour la verte compagne de ma vie
Me tend sa main que je ne saisis pas toujours
Je la vois
Je la sens
Je la devine
Je l’entends
Je la suspecte de me conditionner
Et je lui réponds : Me voici !
Avec un épi entre les dents
Et ma volonté éternelle et intacte.

Carole Radureau (01/07/2016)

Plume de maïs

Variétés péruviennes

Par Jenny Mealing — Flickr, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1129451

merci Serge-Hobo

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Terre-mère

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Hobo-Lullaby 11/07/2016 21:12

Une petite illustration musicale pour ce joli collier de maïs

https://www.youtube.com/watch?v=s7LoKCBTn94

Bisouxx

caroleone 14/07/2016 14:28

Oh ! tu sais ,c'est l'une de mes chansons préférées, j'adore Calle 13 !
C'est vrai que cette chanson convient à ce texte. merci à toi. Je l'ai ajoutée.
Bisouxx.