Ode aux disparues

Publié le 9 Mars 2019

…..la petite flore qui tombe….

 

On ne vous reverra plus c’est vrai

Et pourtant qui dit le vent

Qui dit l’oiseau

Qui dit la petite graine qui vole encore ?

Illustres inconnues

Vos noms résonnent fort dans l’écho des destinées

De la flore indigène

Vos noms doivent résonner par les mots

Par la pensée écrite de la poésie.

 

Je ne te connais pas, flore disparue

Je t'aime pour ce que tu as écrit

Sur nos terres ici- bas

Et pour ce que tu as été

Dans l’ombre de nos espérances.

Cotonnière négligée comme une qui a filé

Son mauvais coton une dernière fois,

Violette de Cry qui sans un bruit

Poussa son dernier

Avec les yeux

Elle est la seule espèce endémique disparue,

Orchis à bourse à qui on lui a coupé

Ce cordon retenant sa sève de vie,

Botrychium lancéolé fougère élançant son épée

Dans la glaise éparse du temps,

Brome à fleur nombreuses si nombreuses

Que l’une n’a pas suffit à disséminer la vie,

Dans la soie et le vison

 

Ne cherchez plus caméline alysson et Carline à gomme

D’un grand coup de celle-ci a absorbé le trait et la lie,

La pyrole en ombelle était une demoiselle bien

Sous tout rapport et l’érodium de Salzmann

Avait géraniacé son acte de naissance,

Celui-ci qui avait si peur du soleil

Fymbristilis a deux ombelles

Et la gastridie rude n’avait pas assez d’épillets pour sourire au soleil,

Dans le sang de ce soleil Epervière de Sandoz

Chaque ligule de vitalité était trempée,

De sa corolle bilabiée la linaire d’Alep

Embrassait tant de lèvres à-propos

Et l’ivraie du lin n’avait pas encore fini

De semer la zizanie que

Le lycopodium s’était tellement aplati

Qu’il s’était fondu au ventre de la terre mère,

D’un grand coup de magie le lythrum en forme de baguette

Avait empli le monde de sa féérie,

D’une belle vitalité et d’une grande simplicité

Dans les prés s’étirait la minuartie dressée,

Le myosotis rehsteineri avait tant aimé les zones humides

Ces zones-ci autant menacées que lui,

Une mission de reconnaissance avait pour sujet les otodontites

Mais a-t-elle appris quoi que ce soit sur otodontites litoralis,

Lui on imagine qu’il a abusé de l’absinthe

Ou de l’air trop vif ; potamot rougeâtre

De quoi devenir acariâtre,

Et l’oseille tubéreuse je l’imagine sauvagement rebelle

Se cachant pour éviter la soupe,

Le scirpe radicans lui aussi fils des zones humides

A pris le fil et laissé le point d’interrogation,

Succiselle infléchie comme ton nom est ravissant

Encourageant la poésie, tu es une muse épanouie

Et celui qui n’entrera pas dans la salade avec les petits lardons

Le pissenlit de Neudorf, malgré ses dents-de-lion

Aura-t-il gardé une dent contre cette terre qui ne veut plus de lui ?

 

Cette poésie est certes compliquée

Pourtant elle est appliquée

Vous ne trouverez pas grand-chose pour étoffer mes dires

Car comme pour les animaux disparus

La prose est rare

C’est comme s’il était difficile de connaître ce qui fut,

A été, a promis, a perduré un temps sans qu’il soit permis de survivre

Pour une raison ou une autre.

Cette poésie est une prose pour leur mémoire

Qu’un jour ces petites fleurs aient la vedette

Même si c’est à titre posthume.

 

Carole Radureau (15/02/2019)

 

Les espèces disparues citées dans ce poème

Cotonnière négligée - filago neglecta - astéracées

Violette de Cry- viola cryana - violacées

Orchis à bourse- anacamptis collina - orchidacées

Botrychium lancéolé - botrychium lanceolatum- ophioglossacées

Brome à fleurs- bromus grossus- poacées

Caméline alysson - camelina alyssum- brassicacées

Carline à gomme - carlina gummifera- astéracées

Pyrole en ombelle- chimaphila umbellata - éricacées

Erodium de Salzmann - erodium salzmannii -geraniacées

Fimbrystilis à deux ombelles- fymbristilis bisumbellata - cypéracées

Gastridie rude- gastridium scabrum -poacées

Epervière de Sandoz- hieracium sandozianum - astéracées

Linaire d'Alep - linaria chalepensis- plantaginacées

Ivraie du lin - lolium remotum -poacées

Lycopodium aplati -lycopodium complanatum -lycopodiacées

Lythrum en forme de baguette -lythrum virgatum L -lythracées

Minuartie dressée - minuartia stricta- caryophyllacées

Myosotis rehsteineri - boraginacées

Otodontis litoralis- orobanchacées

Potamot rougeâtre -potamogeton rutilus- potamogetonacées

Oseille tubéreuse - rumex tuberosus L. -polygonacées

Scirpe radicant- scirpus radicans- cypéracées

Succiselle infléchie- succisella inflexa- caprifoliacées

Pissenlit de Neudorf - taraxacum balticiforme -astéracées

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Fleur de la liberté

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almanito 09/03/2019 09:27

Triste inventaire...
C'est vrai que l'on parle plus de la disparition des insectes et des oiseaux, mais les destins de la flore et de la faune sont liés.
Pour l'orchis à bourses, je n'en jurerais pas car les espèces parfois se ressemblent et je ne suis pas experte pour les différentier de façon certaine, mais je crois que ce sont bien celles ci que je vois au printemps ici...

caro et hobo 09/03/2019 14:20

C'est pour cette raison que j'ai voulu écrire sur quelques plantes sauvages. L'orchis à bourse, peut-être y en a-t-il en Corse c'est une plante du pourtour méditerranéen, ils disent qu'elle a disparu de France métropolitaine. Les dernières se trouvaient à Hyères. Mais si tu en vois, prends-les en photo....on étudiera ça de près.