Les gens du dessous de Roger Colombier

Publié le 3 Juillet 2013

 

Première partie

 

Les gens du dessous

 

 

Les morsures du temps ont décousu leurs sillons fragiles.

Comment trier le vrai du faux

Quand le mur de la nuit

Comme une eau morte

Engloutit les cœurs ?

 

Ils sont dans les bois morts de la ville

Que leurs anciens

Éreintés

Ont posé là depuis le commencement de l’horizon

Un soir de désespérance

Au bord de la Terre.

 

Leurs toits sont affûtés pour éclater le rêve

Leurs murs faïencés de paraboles et de néons

Pour leur faire croire

Qu’ils ont la liberté de lire la carte du ciel.

 

Plusieurs humanités

Trempent dans cette feuillée

Mais en suspens

Les unes par rapport aux autres.

Ceux qui partent vers la soufrière du labeur

Courent dans l’aube courte et sans figure

Sans le chant du coq

Renversé à tout jamais.

Au soir

On revient dans sa bogue

Avec la même absence qu’au matin

Et puis s’endormir

Sur des pierres vieilles

Près de la veilleuse fanée.

Ceux qui n’ont pas d’ouvrage

Ont aussi de la suie sur leurs visages et leurs âmes.

A l’ancre

Sans gréement

Ils tanguent au bord des premiers

Sans mot dire

Mais épiant qui s’égarera

Pour ne plus revenir dans la coulée

Afin de lui ravir sa trace

Cousue de fil gris et de fatalités divines.

 

Les maîtres assis sur les yeux de tous

Comment voir le possible

Et colorier le temps de cerise et de lilas

Quand l’unique ambition

Est

 De ravauder la lumière avec des bouts de rien

Ou de marauder une racine

Dans le clos décharné du voisin ?

Le silence pour tout songe

Sans un regard vers l’autre

Comment s’entendre et puis se raconter ?

Comment se lever ensemble

Et semer la bonne idée ?

 

En ce temps entendu depuis l’âge de l’eau

Tous ont repris les vieux outils d’hier

Qui font

Que les ombres se gavent d’ombres

Et que le gris

Est pris pour de la couleur vive.

Il tombe alors un présent

Qui se conjugue au passé absurde

Et le ciel se vide

Dedans comme dehors

Sans l’abeille de la bonne idée.

 

Roger Colombier

 

Les gens du dessous de Roger Colombier
Les gens du dessous de Roger Colombier

"La poésie est de toutes les eaux claires celle qui s'attarde le moins aux reflets de ses ponts. Poésie, la vie future à l'intérieur de l'homme requalifié."

René Char

Merci beaucoup à toi Roger.

Pour suivre Les chemins de faire de Roger Colombier, c'est ICI

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Les chroniques de Roger

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sorcière and co 04/07/2013 17:26

ce poème très beau me parle de désespérance et puis d'espoir en attendant l'abeille de la bonne idée, il a la force qui manque à beaucoup de nos concitoyens
le titre du blog me gêne par ce mépris qui pointe le nez, comme si des intellectuels venaient apporter des explications venues d'en haut aux oreilles qui pourraient écouter.

Hobo-Lullaby 04/07/2013 22:15

Bonsoir Sorcière

Dans nos médias chéris, les intellectuels n'ébauchent aucune critique réelle et efficiente du discours dominant. Ce n'est pas le cas de ce blog ( Ni de nos blogs respectifs à Caro et moi). Je suis d'accord avec elle pour t'inciter à la lecture de ce blog dédié à la poésie engagée, inspirée par Pablo Neruda et la beauté qui pourrait être celle de notre monde. Le titre est tout simplement une référence à la minéralité de Neruda, avec une pointe d'humour...
Peut être l'as tu mal interprété, car quand je prend de la hauteur, c'est en montant sur les toits au quotidien vu que c'est mon métier !
C'est vrai que ce poème de Roger est sublime. Comme tout les poèmes qu'il écrit, il a un vrai talent. Il a composé celui ci suite à notre demande car nous voulions l'associer à notre blog, pour lui donner d'autres yeux, une autre voix. Je l'en remercie encore ici. Nous sommes très fier et reconnaissant de son partage.
Je te remercie en tout cas de ta visite, en espérant que nos réponses auront modifié ton point de vue.

Amicalement

Serge

caroleone 04/07/2013 20:02

Bonsoir sorcière,

Oui en effet ce poème de Roger est très beau et révèle sa belle humanité.
Et je suis désolée que le titre de ce blog te fasse penser cela, bien à l'opposé des idées que Serge-Hobo et moi défendons qui sont sur la même ligne que celles de Roger. D'ailleurs, si tu veux prendre connaissance de nos écrits à l'un et à l'autre sur les précédents articles, tu pourras constater que nous ne sommes pas des donneurs de leçons, ni encore moins des intellectuels et que seule la poésie nous guide avec ce rappel de la minéralité qui nous viens de Pablo Neruda. Mais, en poésie, tout est interprétable selon la personne, le moment présent ou le passé et l'histoire et j'espère simplement que tu reviendras nous lire plus tard et que nous saurons te faire changer d'avis à propos du titre.

Amitiés poétiques

caro