Il ne savait pas que nous étions ses graines

Publié le 3 Mai 2015

LES LARMES DE PABLO

Dans le silence d’un cimetière de volcans
Souffle une fièvre poivrée
Regorgeant de convoitise
Voguent déjà les cales Andalouses
L’orangé des soleils couchants pâlit
Dans l’innocence d’un solstice 
Déjà les cupides solerets
Ecorchent la quiétude des rivages

Déjà ton chant ouvrait les yeux

Les hêtres pleurent la disparition des vents lucides
Dans les bouches s’estompe la vigueur du sel
Cette laisse trop courte au cou des Alpagas
Fane l’espoir des fleurs, la confiance des neiges
Les inexorables nuages aux syntaxes de plomb
Meurtrissent les mains tendues
Faisant couler l’acier aux joues des fleurs sincères

Déjà ton sanglot étanchait les consciences

Avril fleurissait chaque grain de sable
Dans les gènes du temps, le secret des déserts
L’océan n’habitait pas encore les yeux du Guanaco
Le tranchant de l’or n’avait pas rompu
L’amour qui nous sert d’amarre

Déjà dans la pierre tu ciselais l’avenir

Alors quand la cohérence du pain
Emiettera l’éthique des servitudes
Quand psaumes et sourates en auront fini de la nuit
Entre le rauque fracas des absences et la capture des rêves
Comme le libre nuage, dérober au vent ses chevaux
Boire le lait de la terre aux larmes de chamelle
Car le sel profond engendre les océans fertiles
Il est notre héritage


Prends ce sel Pablo
Portes le à la bouche des siècles
Ravive la lueur dans les yeux de l’horizon
Offre ce pain à l’avenir des sentiers
Ranime la présence du vent salutaire
Fais glisser une brume de cœur sur la joue de nos souffrances
Comme tu as déversé tes larmes sur le désert d’Atacama.

Hobo Lullaby

Il ne savait pas que nous étions ses graines

LA PIERRE DE PABLO

La petite fille a grandi puisant dans la sève d’un coquelicot
Le poids de son fardeau.
Dans le verre d’un poète un jour elle trempa ses lèvres hésitantes
Elles y restèrent collées à jamais.
Il fallu un jour prendre de la hauteur.
Les cimes andines ouvraient leur cœur
Je m’y plongeais ravie portée par le courant des ondes du condor.
Si la feuille un jour dessina son trajet sur le parchemin de sa cambrure
J’ai suivi une à une ses troublantes nervures.
Dans les odes la simplicité des jours sans orages
Nous lisons à travers les corsages pour y puiser de ténébreux frissons.
Sur le chemin de la rose je trouvai la pierre de Pablo.
Infini était son propos, lancinantes les questions clamées haut dont les réponses
N’étaient pourtant pas inconnues.
Sur le chemin des pierres, le grain signe un parcours que l’on suit sans mot dire
La vérité est dans sa fibre. Ensuite il faut choisir.
J’ai écouté de toutes mes oreilles si on allumait les étoiles dans le ciel
Un chant de rossignol répondit à l’écho.
Chaque note avait un but, chaque son portait en lui une évidence.
Il était le mot-clé puisé dans la poésie de Pablo.
J’ai partagé le cours de ma vie en suivant le cours de sa poésie
Chaque mot construisit l’édifice porté par le surréalisme de ceux qui vivent à travers
Un songe.
Chaque leçon apprise forgea dans ma matière
Une géographie à jamais retenue. Une majestueuse planète terre
Sur laquelle règnent douceur, humanisme et tendresse
Sur laquelle règnent attention, paix et ivresse
Sur laquelle règne en son grand cœur de troubadour le simple mot de l’amour.
Car l’amour c’est une canne qui porte un corps en souffrance
Car l’amour c’est un sourire dans un champ de fleurs indifférentes
Car l’amour c’est une fougère qui agite tendrement les spores de sa descendance
En fêtant sans outrance la légèreté de l’être
Quand la fusion des âmes entre à jamais dans l’écriture de l’histoire.
……. ……… …….. …….. ………

Un jour, je me coucherai sur un lit de terre-mère
Je fermerai à jamais mes paupières de fer
Que mon corps préparé fusionne avec ce qui un jour le porta
Que mon corps fatigué s’éteigne avec lenteur
Dans cette matière première
Sur une vie bien remplie mais toujours à la recherche
De son tendre mot-frère.

Carole Radureau (02/03/2015)

Il ne savait pas que nous étions ses graines

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Aragonite

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fanfanchatblanc 03/05/2015 18:52

Les larmes comme la pierre de Pablo secouent en moi cette aspiration au rêve sans pour autant renier ou ignorer une réalité que tous les poètes côtoient et subliment tout en éveillant les esprits afin que les rimes et les mots ne restent pas stériles.
Bravo à vous deux
Bisous.

da 03/05/2015 14:28

Beau et très fort, Caro !
"Car l’amour c’est une fougère qui agite tendrement les spores de sa descendance"